Qu’il s’agisse de pierre, de métal ou de résine, la matière chez Yves de La Tour d’Auvergne n’est jamais neutre. Son approche expérimentale le rattache à la lignée des sculpteurs modernes, de Picasso à César ou Arman, qui ont élargi le champ de la sculpture au-delà de ses matériaux traditionnels.
Dans le Lampadaire Totem (1984), réalisé en poudre de marbre et métal, la matière devient un véritable réceptacle de lumière. En effet, l’utilisation de ce marbre concassé, traité comme un origami, permet de capter et de diffuser la lumière plutôt que de la refléter.
Dans son travail, la patine occupe une place centrale. Un gris anthracite, appliqué par touches, donne à la surface un éclat rappelant le bronze tout en préservant la finesse de la matière. Cette teinte caractéristique se retrouve dans plusieurs pièces en métal patiné, comme la banquette Gradiva (1984) et l’assise Amaryllis (1983), où la surface capte la lumière avec retenue. Par ce traitement, Yves de La Tour d’Auvergne recherche un équilibre constant dans l’effet sculptural de ses pièces, en accordant une attention particulière à la manière dont chacune s’ancre dans un intérieur et dialogue avec son environnement.
La plupart de ses œuvres sont éditées à huit exemplaires numérotés, selon l’usage issu de la sculpture en bronze, où cette limitation garantit le statut d’œuvre originale. Toutes ses pièces ne suivent pas nécessairement cette règle, mais l’esprit en demeure. Même dans le cadre d’une commande, Yves de La Tour d’Auvergne aborde chacune de ses créations avec la même exigence que pour une sculpture. Le respect de la forme, de la patine, de la lumière et du rapport à l’espace confère à ces pièces un statut d’œuvre, plus qu’un simple objet.
La production des années 1980 de Yves de la Tour d’Auvergne témoigne de cette volonté d’articuler sculpture et usage. Le tabouret-table Demi-Lune (1984) ou le canapé Christony (1987) traduisent cette recherche d’équilibre entre forme et fonction. Griotte (1991), table en bronze et poudre de marbre, prolonge cette approche : sa forme inédite, presque architecturale, confère à la pièce une dynamique très intéressante, presque mouvante.
À la fin des années 1990, il réalise une série de silhouettes humaines en poudre de marbre, aux formes épurées et monumentales, parfois hautes de plus de 3,60 mètres. Ces figures prolongent sa recherche sur la lumière et la construction du volume dans l’espace.
Comme l’a observé Pierre Daix, « en créant des couples, il joue des rencontres entre les inflexions souples de ses surfaces, de leurs frôlements, de leurs caresses, de leurs enlacements jusqu’à se toucher, comme du vide de leur écartement, pour produire ainsi une vie interne qui assure du mouvement à l’ensemble ». Cette dynamique du plein et du vide s’accompagne d’effets de claire-voie, où la lumière traverse la sculpture.
Toute l’œuvre d’Yves de La Tour d’Auvergne repose sur une même conviction : la sculpture doit dialoguer avec la lumière et le vide. En intégrant la fonction, lampe, assise, table, il ne cherche pas à adoucir la rigueur de la sculpture, mais à la confronter à l’usage, à éprouver la forme dans le cadre du quotidien. Ainsi, il prolonge la grande tradition moderniste du design sculptural, tout en y insufflant une dimension poétique, presque méditative. Entre sculpture et design, il invente un territoire où la matière respire, où la lumière devient presque tangible, où chaque pli, chaque ombre, chaque patine devient une expérience sensible.
Chez lui, le fonctionnel n’est jamais purement utilitaire : il prolonge le geste du sculpteur, dans un dialogue constant entre la forme, l’espace et la lumière.
Yves de la Tour d’Auvergne, sculpteur avant designer
Sculpteur avant tout, Yves de La Tour d’Auvergne a su prolonger sa création jusqu’au domaine du design, en y insufflant la même exigence plastique. Né en 1927, il appartient à cette génération d’artistes pour qui la sculpture n’est plus un simple prolongement de la peinture, mais un espace autonome où la lumière devient matière. Après s’être imposé dans les années 1970 par ses sculptures monumentales, il explore, au fil des décennies suivantes, un territoire plus intime : celui du mobilier pensé comme prolongement naturel de la forme sculptée.
Avant de se consacrer pleinement à la sculpture, Yves de La Tour d’Auvergne fut peintre. Formé à la rigueur de la composition picturale, il cherche très tôt à dépasser les limites de la toile. Sa peinture, structurée par de grands axes géométriques et envahie de blanc, lui apparaît peu à peu comme un espace trop clos pour laisser circuler la lumière. « Je trouvais toujours quelque chose de truqué dans le tableau (…). Je me sentais frustré », confiait-il, expliquant ainsi le besoin de passer à la sculpture pour travailler plus directement avec la lumière.
La production des années 1980 de Yves de la Tour d’Auvergne témoigne de cette volonté d’articuler sculpture et usage. Le tabouret-table Demi-Lune (1984) ou le canapé Christony (1987) traduisent cette recherche d’équilibre entre forme et fonction. Griotte (1991), table en bronze et poudre de marbre, prolonge cette approche : sa forme inédite, presque architecturale, confère à la pièce une dynamique très intéressante, presque mouvante.
À la fin des années 1990, il réalise une série de silhouettes humaines en poudre de marbre, aux formes épurées et monumentales, parfois hautes de plus de 3,60 mètres. Ces figures prolongent sa recherche sur la lumière et la construction du volume dans l’espace.
Comme l’a observé Pierre Daix, « en créant des couples, il joue des rencontres entre les inflexions souples de ses surfaces, de leurs frôlements, de leurs caresses, de leurs enlacements jusqu’à se toucher, comme du vide de leur écartement, pour produire ainsi une vie interne qui assure du mouvement à l’ensemble ». Cette dynamique du plein et du vide s’accompagne d’effets de claire-voie, où la lumière traverse la sculpture.
Toute l’œuvre d’Yves de La Tour d’Auvergne repose sur une même conviction : la sculpture doit dialoguer avec la lumière et le vide. En intégrant la fonction, lampe, assise, table, il ne cherche pas à adoucir la rigueur de la sculpture, mais à la confronter à l’usage, à éprouver la forme dans le cadre du quotidien. Ainsi, il prolonge la grande tradition moderniste du design sculptural, tout en y insufflant une dimension poétique, presque méditative. Entre sculpture et design, il invente un territoire où la matière respire, où la lumière devient presque tangible, où chaque pli, chaque ombre, chaque patine devient une expérience sensible.
Chez lui, le fonctionnel n’est jamais purement utilitaire : il prolonge le geste du sculpteur, dans un dialogue constant entre la forme, l’espace et la lumière.
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