Hermann
Becker

1961 –

Hermann Becker incarne une figure fascinante du design radical des années 1980. Ce designer mêle subtilement rigueur industrielle et sensibilité artistique.

En choisissant l’acier comme matériau de prédilection, il inscrit son travail au sein d’une esthétique brute et épurée, à la fois minimaliste et profondément expressive. Au-delà de la matière, Hermann Becker engage une véritable réflexion sur l’objet, son usage et sa portée symbolique.

Loin de se cantonner à une approche purement fonctionnelle, Hermann Becker façonne ses créations comme des passerelles entre les cultures, les époques et les disciplines. Son mobilier, souvent qualifié de sculptural, interroge les normes établies en proposant une expérience physique et philosophique de l’assise. Un simple banc devient ainsi un manifeste silencieux : à 37 cm de hauteur, il nous contraint à reconsidérer notre posture, à retrouver une proximité avec le sol et, symboliquement, à une autre manière d’habiter le monde.

Cette hauteur choisie, loin d’être anodine, reflète un geste politique et culturel fort. En invitant les usagers à s’asseoir à la même hauteur que certaines populations africaines, Hermann Becker abat une hiérarchie trop longtemps implicite et suggère une mise à niveau des regards.

Le banc Kleine Mannesmann (1989)que la traduction française entend comme « petit homme viril » – est une référence indéniable au travail des Nouveaux Réalistes. En effet, le remploi de ce tube d’acier voudrait signifier une redécouverte de la nature industrielle. L’univers technologique, au sein duquel s’inscrit cette assise étonnante, évoque les œuvres de César et Arman avant lui.
La feutrine couvrant le dessus de l’œuvre est, quant à elle, sans doute une référence maligne à l’un de ses contemporains allemands : Joseph Beuys, qui avait fait du feutre sa matière de prédilection.

Puisées au sein d’une riche diversité culturelle, elles nous aident à enrichir notre conception de l’objet et de sa beauté.
Les œuvres du designer construisent un pont entre les coutumes au moment charnière de la fin de la guerre froide, comme pour anticiper une ouverture des frontières, des mentalités et des sensibilités.
Le banc Mille-pattes (1989) incarne cette volonté de dialogue, ce désir de rencontre entre le rationnel et le symbolique, l’utile et le spirituel.

Aujourd’hui, dans un monde en quête de sens, l’œuvre d’Hermann Becker trouve une résonance nouvelle. Elle nous invite à ralentir, à observer, à ressentir autrement. À travers la brillance de l’acier, le designer sculpte la froideur, les postures et les ponts : de véritables liens invisibles entre les peuples et les cultures, entre la poésie et l’industrie.

LES ŒUVRES DISPONIBLES

Paravent
Stellschirm

Banc
Kleine
Mannesmann