Alors que Néotù interroge le design d’auteur comme un langage à penser, En Attendant les Barbares l’incarne comme une émotion à part entière. Les deux galeries partagent une même ambition : brouiller les frontières entre art, design et artisanat, afin de redonner à l’objet une présence vivante et porteuse de sens.

Dans ce paysage foisonnant, le V.I.A (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement), créé par les Industries françaises de l’Ameublement, joue aussi un rôle important. Véritable tremplin pour les jeunes designers, il encourage l’expérimentation et soutient une nouvelle génération de créateurs. Ses expositions révèlent très vite des figures majeures du design : Martin Szekely, Philippe Starck, Jean-Michel Wilmotte, Garouste & Bonetti ou encore Gaetano Pesce, qui vont marquer les années suivantes.

Au cœur de ce bouillonnement créatif, un duo s’impose : Élizabeth Garouste et Mattia Bonetti. Leur rencontre, à la fin des années 1970, donne naissance à un univers baroque, théâtral et libre, où la poésie côtoie l’expérimentation. Souvent décrits comme les « nouveaux barbares » du design français, ils inventent un langage singulier qui efface la frontière entre le décor et le décoratif. Leurs créations — chaises en peau de vache ou de poulain, tables en bronze, miroirs en fer forgé, lampes en bronze patiné (ex : Lampe Lune, 1984) ou rotin coloré — semblent tout droit sorties d’un étrange conte. Ces meubles-sculptures, expressifs et symboliques, traduisent une volonté constante de créer du dépaysement, de renouer avec cet exotisme de l’enfance où l’inconnu fascine autant qu’il inspire.

À travers cette approche, Élizabeth Garouste & Mattia Bonetti s’opposent au monde aseptisé et monochrome de la création d’alors, dominé par le radical chic noir et blanc et par la production industrielle héritée du CCI (Centre de Création Industrielle). Leur travail s’apparente à une véritable refondation des arts décoratifs, affranchie des diktats théoriques et du « bon goût ». Leur chaise Barbare (1981), en peau de bête tendue sur une structure de métal patiné à l’aspect de bronze, condense cet imaginaire entre fable primitive et archéologie du rêve. Pour eux : « Dans l’exotisme, il y a toujours quelque chose que l’on ne connaît pas et qui nous fascine. Une vitrine pleine d’objets que l’enfant ne peut toucher, un grenier, c’est déjà l’exotisme. »

Chaque pièce semble issue d’une caverne d’Ali Baba, d’une arche de Noé ou d’un cabinet de curiosités, où l’humour côtoie la poésie et la main de l’artisan. Sous l’impulsion de Néotù, puis avec le soutien d’En Attendant les Barbares, Garouste & Bonetti trouvent un espace à leur mesure : un lieu où la matière pense, où la forme raconte. Ces galeries deviennent pour eux de véritables scènes, au sens littéral du terme, un théâtre du mobilier.

Nées la même année, la Galerie Néotù et En Attendant les Barbares partagent la même envie : libérer le design des conventions modernistes. Chez Pierre Staudenmeyer, le meuble devient un objet critique, capable de dialoguer avec la pensée contemporaine ; chez Agnès Kentish, il se charge d’imaginaire et de rêve. Dans les années 1990, BGH Éditions prolonge cet élan en éditant certaines pièces de Garouste & Bonetti en séries limitées. Leur Lampe Masque (vers 1991), en bronze patiné, illustre leur approche poétique du mobilier, entre objet rituel et sculpture symbolique. En parallèle, la David Gill Gallery à Londres défend un autre positionnement, tourné vers le marché international du design de collection, tandis que l’Avant-Scène perpétue la tradition des grands décorateurs français. Mais au fond, Néotù et En Attendant les Barbares partagent une même intuition : celle que le design peut être à la fois émotion, récit et expérience.

Élus Créateurs de l’année en 1991, Élizabeth Garouste & Mattia Bonetti deviennent les emblèmes d’une époque où le design se fait expression. Leurs œuvres sont aujourd’hui conservées au Centre Pompidou, au Musée des Arts Décoratifs à Paris et dans de grandes collections internationales. Comme le résumait Pierre Staudenmeyer : « Si la forme devait résulter d’exigences rationnelles, elle doit dès lors véhiculer une histoire et une émotion. » Cette conviction, partagée par Néotù et En Attendant les Barbares, résume à elle seule l’esprit du design français postmoderne : un design humaniste, expressif et porteur d’histoires.

Garouste & Bonetti : le théâtre des éditeurs

Au tournant des années 1980, le design s’éloigne des idéaux modernistes et fonctionnels hérités du Bauhaus pour explorer de nouvelles voies expressives. Après les utopies industrielles des années 1970, une génération de créateurs revendique un design plus émotionnel, narratif et culturellement hybride. Ils mêlent références historiques, artisanat et expérimentation formelle pour redonner à l’objet une charge symbolique et émotionnelle. Parmi eux, Élizabeth Garouste et Mattia Bonetti incarnent cette nouvelle sensibilité. Leurs créations, à mi-chemin entre mobilier et sculpture, revendiquent la fantaisie, la couleur et l’ornement comme une forme de résistance au minimalisme dominant.

C’est dans ce contexte que Pierre Staudenmeyer et Gérard Dalmon fondent, en 1984 à Paris, la galerie-éditeur Néotù. Pour Pierre Staudenmeyer, le design est un territoire de pensée : le mobilier devient un support d’une pensée artistique et émotionnelle. Néotù s’impose alors comme un véritable laboratoire d’expression et de création. On y expose, on y édite, on y théorise : chaque présentation se conçoit comme une proposition intellectuelle, une conversation entre artistes, artisans et idées. Face à la Galerie Avant-Scène, héritière du grand décor français, ou à la David Gill Gallery de Londres, vitrine emblématique d’un design de collection international, Néotù affirme une autre vision du design français postmoderne. Au même moment, à Paris, naît une autre galerie éditoriale : En Attendant les Barbares, fondée par Agnès Kentish.

À travers cette approche, Élizabeth Garouste & Mattia Bonetti s’opposent au monde aseptisé et monochrome de la création d’alors, dominé par le radical chic noir et blanc et par la production industrielle héritée du CCI (Centre de Création Industrielle). Leur travail s’apparente à une véritable refondation des arts décoratifs, affranchie des diktats théoriques et du « bon goût ». Leur chaise Barbare (1981), en peau de bête tendue sur une structure de métal patiné à l’aspect de bronze, condense cet imaginaire entre fable primitive et archéologie du rêve. Pour eux : « Dans l’exotisme, il y a toujours quelque chose que l’on ne connaît pas et qui nous fascine. Une vitrine pleine d’objets que l’enfant ne peut toucher, un grenier, c’est déjà l’exotisme. »

Chaque pièce semble issue d’une caverne d’Ali Baba, d’une arche de Noé ou d’un cabinet de curiosités, où l’humour côtoie la poésie et la main de l’artisan. Sous l’impulsion de Néotù, puis avec le soutien d’En Attendant les Barbares, Garouste & Bonetti trouvent un espace à leur mesure : un lieu où la matière pense, où la forme raconte. Ces galeries deviennent pour eux de véritables scènes, au sens littéral du terme, un théâtre du mobilier.

Alors que Néotù interroge le design d’auteur comme un langage à penser, En Attendant les Barbares l’incarne comme une émotion à part entière. Les deux galeries partagent une même ambition : brouiller les frontières entre art, design et artisanat, afin de redonner à l’objet une présence vivante et porteuse de sens.

Dans ce paysage foisonnant, le V.I.A (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement), créé par les Industries françaises de l’Ameublement, joue aussi un rôle important. Véritable tremplin pour les jeunes designers, il encourage l’expérimentation et soutient une nouvelle génération de créateurs. Ses expositions révèlent très vite des figures majeures du design : Martin Szekely, Philippe Starck, Jean-Michel Wilmotte, Garouste & Bonetti ou encore Gaetano Pesce, qui vont marquer les années suivantes.

Au cœur de ce bouillonnement créatif, un duo s’impose : Élizabeth Garouste et Mattia Bonetti. Leur rencontre, à la fin des années 1970, donne naissance à un univers baroque, théâtral et libre, où la poésie côtoie l’expérimentation. Souvent décrits comme les « nouveaux barbares » du design français, ils inventent un langage singulier qui efface la frontière entre le décor et le décoratif. Leurs créations — chaises en peau de vache ou de poulain, tables en bronze, miroirs en fer forgé, lampes en bronze patiné (ex : Lampe Lune, 1984) ou rotin coloré — semblent tout droit sorties d’un étrange conte. Ces meubles-sculptures, expressifs et symboliques, traduisent une volonté constante de créer du dépaysement, de renouer avec cet exotisme de l’enfance où l’inconnu fascine autant qu’il inspire.

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Christian Lacroix
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