Au début des années 1990, Ron Arad se détourne du métal massif pour explorer les souplesses du bois et du caoutchouc. Sa Crust Chair, éditée par Sawaya & Moroni à Rome, en est un bel exemple. L’assise en contreplaqué cintré repose sur une base de caoutchouc spongieux permettant au fauteuil de se mouvoir légèrement. Les disques noirs en polyuréthane, appliqués sur le siège et le dossier, contrastent avec le placage du bois clair. Ici, le designer marie rigidité et flexibilité, donnant naissance à une chaise fonctionnelle qui semble vibrer au moindre mouvement.
La Crust Chair s’inscrit dans le répertoire chromatique des années 80, dominé par l’alliance du bois et du noir profond. Ce contraste, présent aussi bien dans la grande salle de l’Opéra de Bastille de Carlos Ott, la chaise Costes de Philippe Starck ou le cabinet robot de Mario Botta, illustre cette uniformité du goût caractéristique de la décennie.
Toujours à la même période, la célèbre Big Easy, initialement conçue en tôle pliée, connaît de multiples variations. Avec la Red Soft Big Easy, produite par Moroso en Italie, Ron Arad abandonne la froideur du métal au profit de la mousse et de la résine. L’objet conserve ses proportions monumentales, mais sa massivité s’adoucit, offrant au corps une nouvelle hospitalité. Comme souvent chez Ron Arad, l’expérience formelle précède l’usage, mais se traduit ici par une chaise aussi sculpturale que confortable.
Autre exemple marquant : son association avec Fiam Italy, entreprise italienne pionnière dans le travail du verre courbé. Ce partenariat lui permet de confronter son inventivité à un savoir-faire artisanal et industriel d’exception. Avec la table Konx, il exploite les qualités du verre flotté et du mercure, associés à l’acier, pour composer un plateau brouillant la frontière entre matière fragile et construction structurelle. En 1996, il conçoit pour Fiam la vitrine Onda, réalisée en verre et aluminium. Ce meuble aux structures ondulantes témoigne d’une nouvelle approche de la transparence : plus qu’un simple contenant, il devient une sculpture architecturée, jouant des reflets, de la lumière et des distorsions optiques. On pourrait reprocher à ces pièces d’être davantage des objets de contemplation que de véritables outils domestiques, mais c’est précisément là que se loge la force critique de son design.
Sa recherche autour de la transparence prend forme avec la Well Transparent Chair, variation en plexiglas de la Well Tempered Chair en acier. L’effet de matière change radicalement la lecture de l’objet : là où l’inox imposait une présence presque architecturale, le plexiglas introduit la fragilité, la lumière et une étonnante immatérialité.
En 2002, Arad poursuit son exploration avec Oh Void 2, une assise en fibre de carbone et papier Nomex imprégnée de résine, produite en édition limitée. Ici, l’aéronautique rencontre le mobilier, dans une pièce aussi légère que résistante, oscillant entre objet futuriste et sculpture organique.
En s’émancipant du métal, Ron Arad ne renie pas ses origines mais élargit son vocabulaire de création. Béton, contreplaqué, polyuréthane, résine, plexiglas, fibre de carbone : il explore les contradictions de la matière pour en tirer des formes nouvelles. Ron Arad reste fidèle à son credo : repousser les limites de la matière, brouiller les frontières entre fonction et expression. Ses œuvres non métalliques sont toutes aussi radicales que ses expérimentations en acier et confirment son statut d’inventeur infatigable, faisant du design un champ d’expériences où l’ordinaire se transforme en questionnement permanent.
La critique implicite du confort, de la fonctionnalité ou du « bon goût » rappelle que, chez Ron Arad, le design sonne comme une interrogation permanente de la limite entre objet et sculpture.
Ron Arad au-delà du métal
Incontournable figure du design contemporain, Ron Arad a bâti sa réputation sur le métal. Pourtant, il n’a cessé d’explorer d’autres voies, en s’émancipant des matières brutes de ses débuts. Véritable esprit libre, il improvise des variations autour de l’assise, du son ou de la lumière, cherchant sans cesse à redéfinir l’objet par le matériau. Dans le paysage du design d’après-guerre, les répétitions incessantes et l’obsession du « bon goût » avaient fini par produire une esthétique polie mais ennuyeuse. De nombreux créateurs cherchèrent alors à redonner un sens nouveau aux objets, certains puisant dans l’art tribal, d’autres dans la réinterprétation des classiques ou le symbolisme architectural. Ron Arad, lui, emprunta une voie plus radicale : il fit de la transformation surréaliste d’objets ordinaires son moteur créatif.
Alors qu’il s’éloigne du métal pour explorer le béton, le bois, le verre, la résine ou le plexiglas, Ron Arad laisse apparaître une autre facette de sa personnalité créative : celle d’un inventeur insatiable aimant faire dialoguer fragilité et solidité, transparence et opacité.
En 1983-1984, dans son atelier londonien One Off, il conçoit avec Peter Keene une chaîne hi-fi tranchant radicalement avec la tradition du système audio tant esthétique que fonctionnel. Baptisée Concrete Stereo Sound System, elle associe platine, amplificateurs et enceintes moulées dans du béton. Inspirée par une platine en granite développée par Thorens en 1976, cette pièce manifeste le goût de Ron Arad pour le détournement et l’absurde.
Autre exemple marquant : son association avec Fiam Italy, entreprise italienne pionnière dans le travail du verre courbé. Ce partenariat lui permet de confronter son inventivité à un savoir-faire artisanal et industriel d’exception. Avec la table Konx, il exploite les qualités du verre flotté et du mercure, associés à l’acier, pour composer un plateau brouillant la frontière entre matière fragile et construction structurelle. En 1996, il conçoit pour Fiam la vitrine Onda, réalisée en verre et aluminium. Ce meuble aux structures ondulantes témoigne d’une nouvelle approche de la transparence : plus qu’un simple contenant, il devient une sculpture architecturée, jouant des reflets, de la lumière et des distorsions optiques. On pourrait reprocher à ces pièces d’être davantage des objets de contemplation que de véritables outils domestiques, mais c’est précisément là que se loge la force critique de son design.
Sa recherche autour de la transparence prend forme avec la Well Transparent Chair, variation en plexiglas de la Well Tempered Chair en acier. L’effet de matière change radicalement la lecture de l’objet : là où l’inox imposait une présence presque architecturale, le plexiglas introduit la fragilité, la lumière et une étonnante immatérialité.
Au début des années 1990, Ron Arad se détourne du métal massif pour explorer les souplesses du bois et du caoutchouc. Sa Crust Chair, éditée par Sawaya & Moroni à Rome, en est un bel exemple. L’assise en contreplaqué cintré repose sur une base de caoutchouc spongieux permettant au fauteuil de se mouvoir légèrement. Les disques noirs en polyuréthane, appliqués sur le siège et le dossier, contrastent avec le placage du bois clair. Ici, le designer marie rigidité et flexibilité, donnant naissance à une chaise fonctionnelle qui semble vibrer au moindre mouvement.
La Crust Chair s’inscrit dans le répertoire chromatique des années 80, dominé par l’alliance du bois et du noir profond. Ce contraste, présent aussi bien dans la grande salle de l’Opéra de Bastille de Carlos Ott, la chaise Costes de Philippe Starck ou le cabinet robot de Mario Botta, illustre cette uniformité du goût caractéristique de la décennie.
Toujours à la même période, la célèbre Big Easy, initialement conçue en tôle pliée, connaît de multiples variations. Avec la Red Soft Big Easy, produite par Moroso en Italie, Ron Arad abandonne la froideur du métal au profit de la mousse et de la résine. L’objet conserve ses proportions monumentales, mais sa massivité s’adoucit, offrant au corps une nouvelle hospitalité. Comme souvent chez Ron Arad, l’expérience formelle précède l’usage, mais se traduit ici par une chaise aussi sculpturale que confortable.
Lire les autres focus