Réalisées sous la direction de Gaetano Pesce par des ouvriers mexicains, les Lockers doors, réalisées pour Chiat\Day, donnent une traduction concrète d’un principe central dans sa pensée : le « mal faire ». Constatant la disparition progressive de certains savoir-faire artisanaux, le designer choisit de ne pas corriger les imperfections du processus de fabrication, mais de les intégrer pleinement à l’œuvre. Les irrégularités du matériau, les traces laissées par les outils ou les gestes imparfaits des artisans cessent d’être des défauts à corriger. Elles deviennent au contraire des facteurs de transformation. Dans cette logique, la série n’est plus un ensemble d’objets identiques mais elle devient une suite de variations. Pesce parle alors de « séries diversifiées » : des ensembles où chaque pièce affirme sa singularité et où l’identique n’existe plus véritablement.

Dans cet environnement de travail, Gaetano Pesce introduit ainsi une architecture qui ressemble davantage à un organisme vivant qu’à un système rationnel.

L’une des expressions les plus éloquentes de cette approche est la Highway door, réalisée vers 1995. Derrière une grille métallique, signature structurelle du projet Chiat\Day, la surface en résine dessine une véritable autoroute, ponctuée de petites voitures d’enfants. L’élément architectural le plus fonctionnel devient alors une scène ludique, presque narrative.

Un autre aspect frappant de ces portes réside dans les formes qu’elles adoptent. Beaucoup d’entre elles évoquent des objets familiers : une bouteille, un téléphone, une chemise, une main, un pied ou encore des aliments. D’autres rappellent des accessoires du quotidien comme des chaussures ou une raquette de tennis. À travers ces silhouettes immédiatement reconnaissables, Gaetano Pesce introduit dans l’architecture des fragments de la vie ordinaire, ainsi que les produits iconiques des grands clients de l’agence Chiat\Day.

Ces motifs ne relèvent pas seulement du jeu formel. Ils rapprochent l’espace de travail d’un univers domestique, peuplé d’objets que chacun manipule ou croise quotidiennement. Dans un environnement pensé pour rompre avec la rigidité du bureau moderniste, ces images familières participent à créer un lieu moins institutionnel, presque habité. Si Gaetano Pesce cherchait explicitement à rendre l’espace plus confortable pour les employés, cette présence d’objets du quotidien en est la preuve. Elle invite à envisager l’architecture comme un espace plus proche de l’expérience vécue, comme un accord entre le mobilier et ceux qui l’utilisent.

Dans les bureaux de Chiat\Day, les portes ne se contentent plus de remplir une fonction de séparation. Elles deviennent des surfaces qui participent à un environnement de travail non standardisé. Pour les employés de l’agence, cet univers ne laisse pas indifférent : certains y voient une source de stimulation, tandis que d’autres se montrent plus sceptiques face à un cadre de travail éloigné des codes du bureau traditionnel.

Les portes de Chiat\Day

Au milieu des années 1990, alors que l’architecture de bureau reste largement dominée par la neutralité moderniste et la répétition industrielle, Gaetano Pesce propose avec le projet Chiat\Day à New York une vision radicalement différente de l’espace de travail. Conçu en collaboration avec Jay Chiat, fondateur de l’agence de publicité, cet environnement rompt avec la logique du poste fixe et de l’uniformité fonctionnelle. L’architecture y devient un territoire libre, coloré et expérimental, où chaque élément contribue à redéfinir l’expérience quotidienne du travail.

Dans cet univers joueur et narratif, la porte, élément architectural incontournable, devient un objet d’expérimentation privilégié. Loin de disparaître dans la continuité du mur, elle s’affirme comme une surface d’expression. Gaetano Pesce y applique l’un de ses principes fondamentaux : refuser la standardisation pour célébrer la diversité. Les portes du projet Chiat\Day ne cherchent pas l’alignement ni la répétition. Leurs surfaces asymétriques, leurs perforations aléatoires et leurs polychromies revendiquent au contraire un vocabulaire formel fondé sur la variation et l’irrégularité.

L’une des expressions les plus éloquentes de cette approche est la Highway door, réalisée vers 1995. Derrière une grille métallique, signature structurelle du projet Chiat\Day, la surface en résine dessine une véritable autoroute, ponctuée de petites voitures d’enfants. L’élément architectural le plus fonctionnel devient alors une scène ludique, presque narrative.

Un autre aspect frappant de ces portes réside dans les formes qu’elles adoptent. Beaucoup d’entre elles évoquent des objets familiers : une bouteille, un téléphone, une chemise, une main, un pied ou encore des aliments. D’autres rappellent des accessoires du quotidien comme des chaussures ou une raquette de tennis. À travers ces silhouettes immédiatement reconnaissables, Gaetano Pesce introduit dans l’architecture des fragments de la vie ordinaire, ainsi que les produits iconiques des grands clients de l’agence Chiat\Day.

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