Wire netting, 1991 - Raf Simons
Corpo, projet de fin d’études de Raf Simons réalisé en 1991 au SHIVKV de Genk, en Belgique, se compose de sept cabinets, chacun doté d’un nom, à la manière des créations d’une collection de mode. Cinq de ces pièces originales sont présentées par Pulp Galerie.
Si cette pièce semble, au premier regard, relativement minimaliste, son inspiration n’en est pas moins intéressante. Cette pièce fait référence aux rayons X, qui permettent d’observer l’intérieur du corps humain. Raf Simons transpose ici ce principe au mobilier, en imaginant une structure qui laisse entrevoir son contenu plutôt que de le dissimuler.
Le meuble est enveloppé d’un grillage métallique, wire netting en anglais, dont la trame régulière dessine une enveloppe légère autour de la structure. À l’intérieur, les étagères en verre restent visibles à travers le maillage, tandis que les montants métalliques assurent le maintien de l’ensemble. Le meuble se donne ainsi à voir dans sa construction même : rien n’est véritablement caché, chaque élément demeure perceptible à travers cette membrane ajourée.
Cette transparence renvoie directement à l’imagerie médicale. À l’image des rayons X, qui révèlent ce qui se trouve sous la surface du corps, le grillage permet de voir à travers l’enveloppe du meuble et d’en observer l’organisation interne. Raf Simons joue ainsi sur la notion de surface et de profondeur, en remettant en question l’idée traditionnelle du meuble comme volume fermé, destiné à dissimuler ce qu’il contient.
Cette référence au corps humain ouvre également une réflexion sur la protection et la vulnérabilité. Le grillage forme une sorte de seconde peau, une enveloppe qui délimite et protège sans pour autant occulter ce qui se trouve à l’intérieur. Il suggère ainsi une protection paradoxale : le contenu est préservé, mais reste exposé au regard. Les étagères en verre prolongent cette idée de fragilité. À la fois fonctionnelles et presque imperceptibles, elles semblent suspendues dans la structure, comme si le meuble cherchait à concilier maintien et légèreté.
L’ensemble présente enfin une esthétique résolument futuriste, presque issue de la science-fiction. La régularité du maillage métallique contraste avec la finesse des étagères en verre, tandis que les lignes verticales étirent la silhouette du meuble. L’enveloppe ajourée semble flotter autour de la structure, créant une impression de légèreté et de suspension. Le mobilier paraît alors moins constitué d’une masse solide que d’un assemblage de lignes, de surfaces transparentes et de vides.
Avec Wire netting, Raf Simons explore ainsi les limites entre visibilité et opacité, protection et exposition, solidité et fragilité. Le meuble ne se contente plus de remplir une fonction de rangement : il devient un objet d’étude, presque anatomique, dont la structure est mise à nu. Cette approche témoigne de sa volonté de détourner les codes traditionnels du mobilier pour en faire un terrain d’expérimentation formelle et conceptuelle.
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