Corset, 1991 - Raf Simons
Corpo, projet de fin d’études de Raf Simons réalisé en 1991 au SHIVKV de Genk, en Belgique, se compose de sept cabinets, chacun doté d’un nom, à la manière des créations d’une collection de mode. Cinq de ces pièces originales sont présentées par Pulp Galerie.
Comme son nom l’indique, Corset reprend la forme du corset, vêtement historique dont la fonction était de modeler la silhouette. Associé à la contrainte physique et à la réduction de la taille, il a longtemps suscité des controverses quant aux normes corporelles qu’il impose. Pourtant, à partir des années 1980 et au début des années 1990, des créateurs comme Vivienne Westwood, Thierry Mugler et Jean-Paul Gaultier le réinterprètent, le faisant passer du statut de sous-vêtement à celui de pièce manifeste du vestiaire féminin.
En 1991, Raf Simons transpose cette référence vestimentaire dans le champ du mobilier. Le cabinet repose sur de longs pieds en métal et ne comporte que deux étagères, largement espacées. Cette construction élancée accentue sa silhouette étroite et féminine, tandis que le corset, une fois refermé, vient envelopper le meuble et en redessiner les contours. L’objet se situe ainsi à la frontière entre mobilier et vêtement, entre structure fonctionnelle et enveloppe corporelle.
Un détail particulièrement révélateur se trouve sur la partie supérieure : un panneau de cuir sur lequel sont inscrits de nombreux mots et annotations, organisés à la manière d’une cartographie d’idées. Des expressions telles que « Body Disfiguration », « Beauty Culture », « Corset Coupe » et « The Perfect Body » témoignent d’une réflexion sur la représentation du corps, sa transformation et les codes qui définissent sa beauté.
Ces inscriptions évoquent un processus de recherche graphique et conceptuelle, où mots-clés, références vestimentaires et pistes de réflexion se croisent. Elles font du meuble bien plus qu’un objet fonctionnel : une trace visible de la pensée du designer et de son exploration des rapports entre le corps, le vêtement et le design.
Cette recherche trouve également un écho dans le travail ultérieur de Raf Simons dans la mode, notamment dans sa manière d’interroger les silhouettes et les conventions vestimentaires
Enfin, un contraste subtil traverse l’œuvre : alors que le corset renvoie historiquement à une structure rigide, contraignante et lacée, son enveloppe est ici fixée au mobilier par des bandes autoagrippantes. Ce dispositif introduit une forme de légèreté et de décalage, opposant à la rigueur symbolique du corset un système d’attache contemporain et presque provisoire.
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