Conçu en 1988 dans la ville de Shizuoka, le Comblé Bar condense la quintessence de son approche minimaliste. Shiro Kuramata y fait de la lumière un matériau de construction et de la transparence une matière première. Niché au premier étage d’un bâtiment anonyme, l’espace se dévoile comme un cube suspendu, presque irréel. Dès l’entrée, la lumière y occupe une place centrale. Deux grandes feuilles de plastique transparent, délicatement pliées et rétroéclairées, forment un plafond arqué qui semble flotter au-dessus du sol. Des aplats primaires, rouge, jaune, bleu, rythment la composition et équilibrent la lumière. Chaque ligne, chaque surface contribue à une impression de mouvement maîtrisé.
Sous la lumière d’Ingo Maurer, le Comblé Bar prend des allures de scène immatérielle, où la transparence devient théâtre. Shiro Kuramata ne cherche pas à dissimuler les structures, mais à les désincarner, à les rendre aussi fines et légères qu’un souvenir. Le Comblé Bar devient alors une expérience perceptive : un lieu où le corps du visiteur, immergé dans la lumière, perd ses repères habituels pour se fondre dans un continuum de reflets et de couleurs.
Parmi les pièces emblématiques du Comblé Bar, le Revolving Cabinet occupe une place singulière. Cette colonne de tiroirs rouges pivotants, organisée autour d’un axe noir, illustre la même fascination pour la géométrie et la répétition. Par sa verticalité et son ordonnancement sériel, la pièce évoque immédiatement les Stacks de Donald Judd. Chez Judd, chaque volume s’affirme dans sa matérialité brute et son rapport frontal à l’espace. Comme il l’écrivait : « Ce qui est important à propos de l’art, c’est que l’œuvre existe par elle-même. Elle est autonome. Ce n’est ni une représentation ni une imitation. ». Shiro Kuramata partage cette idée d’autonomie, mais l’exprime à travers l’évaporation plutôt que la présence.
Cette réflexion sur la transparence trouve un prolongement dans l’un de ses projets antérieurs : le restaurant Oblomov, réalisé en 1981 à Fukuoka, dans le cadre de l’hôtel Il Palazzo, aux côtés de Gaetano Pesce, Ettore Sottsass et Aldo Rossi. Kuramata y explore déjà le rapport entre structure et lumière, dans une approche plus expérimentale, presque théâtrale. C’est dans cet environnement qu’apparaissent les premiers lampadaires monumentaux, composés d’acrylique et d’aluminium, éléments à mi-chemin entre mobilier et architecture. L’un d’entre eux, provenant du restaurant, a été vendu chez Phillips pour £43,180. Haut de plus de cinq mètres, ce pilier lumineux abrite des roses synthétiques prises dans la résine, comme suspendues dans le temps.
Ce jeu d’équilibre entre transparence et structure fait écho à ses sièges les plus célèbres, comme la chaise Miss Blanche ou la How High the Moon, où la légèreté apparente du matériau dissimule une conception d’une grande précision. Plus de trente ans après son ouverture, le Comblé Bar conserve une fraîcheur intacte. Son propriétaire, Masahiko Nakayama, aime rappeler que le lieu « ne vieillit pas », tant il échappe à l’époque et à la mode. Ce bar ne se contente pas d’accueillir des visiteurs : il les suspend dans un temps immobile. Shiro Kuramata y a traduit, avec une justesse rare, l’esprit du « less is more » de Ludwig Mies van der Rohe, mais à sa manière. Le Comblé Bar demeure ainsi l’une des plus belles démonstrations de ce que peut être un minimalisme habité à la fois structurel et immatériel.
La transparence chez Kuramata
À la fin des années 1980, alors que le minimalisme s’impose comme un langage universel, Shiro Kuramata, lui, donne au Japon une tonalité singulière. Né d’une réaction à l’expressionnisme abstrait et au pop art, le minimalisme prône une économie de moyens, la rigueur de la forme et l’absence de tout symbolisme. Il cherche à réduire l’œuvre à sa plus simple expression, à éliminer toute trace de subjectivité pour ne laisser subsister que la présence pure de l’objet dans l’espace. C’est dans cette lignée que s’inscrit Shiro Kuramata, mais son approche du minimalisme n’a rien de dogmatique. Là où les artistes occidentaux tels que Donald Judd ou Dan Flavin affirment la matérialité brute de la forme, Shiro Kuramata s’attache à révéler son contraire : la transparence. Son minimalisme est lumineux, presque impalpable. Il ne cherche pas à figer la matière, mais à la rendre traversable, à en faire le support d’une expérience sensorielle.
Parmi les pièces emblématiques du Comblé Bar, le Revolving Cabinet occupe une place singulière. Cette colonne de tiroirs rouges pivotants, organisée autour d’un axe noir, illustre la même fascination pour la géométrie et la répétition. Par sa verticalité et son ordonnancement sériel, la pièce évoque immédiatement les Stacks de Donald Judd. Chez Judd, chaque volume s’affirme dans sa matérialité brute et son rapport frontal à l’espace. Comme il l’écrivait : « Ce qui est important à propos de l’art, c’est que l’œuvre existe par elle-même. Elle est autonome. Ce n’est ni une représentation ni une imitation. ». Shiro Kuramata partage cette idée d’autonomie, mais l’exprime à travers l’évaporation plutôt que la présence.
Ce jeu d’équilibre entre transparence et structure fait écho à ses sièges les plus célèbres, comme la chaise Miss Blanche ou la How High the Moon, où la légèreté apparente du matériau dissimule une conception d’une grande précision. Plus de trente ans après son ouverture, le Comblé Bar conserve une fraîcheur intacte. Son propriétaire, Masahiko Nakayama, aime rappeler que le lieu « ne vieillit pas », tant il échappe à l’époque et à la mode. Ce bar ne se contente pas d’accueillir des visiteurs : il les suspend dans un temps immobile. Shiro Kuramata y a traduit, avec une justesse rare, l’esprit du « less is more » de Ludwig Mies van der Rohe, mais à sa manière. Le Comblé Bar demeure ainsi l’une des plus belles démonstrations de ce que peut être un minimalisme habité à la fois structurel et immatériel.
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