C’est dans ce contexte qu’en 1986, Rolf Fehlbaum, président de Vitra, lui commande une pièce destinée à l’édition. De cette collaboration naît How High the Moon, œuvre qui deviendra l’un des plus grands succès de Shiro Kuramata et l’une des icônes du design de la fin du XXᵉ siècle. Son titre, emprunté à un standard du jazz américain interprété notamment par Ella Fitzgerald, introduit d’emblée une dimension poétique et rythmique.
Formellement, How High the Moon reprend l’archétype du fauteuil-club, symbole d’un confort bourgeois traditionnellement associé au confort et à l’épaisseur d’un cuir rembourré. Il se présente pourtant comme un volume transparent et continu, presque monolithique. En effet, le fauteuil est construit à partir de plans courbes et rectilignes clairement lisibles : un dossier arqué, des accoudoirs imposants, une assise horizontale nettement définie. La maille d’acier expansé, uniformément déployée sur l’ensemble de la structure, agit comme un filtre. Le fauteuil n’est ni opaque ni totalement transparent : il occupe une position intermédiaire, où l’ensemble est perçu davantage par son contour que par sa surface. Les pieds cylindriques, courts et discrets, soulèvent légèrement le volume du sol. Ainsi conçu, How High the Moon déplace l’assise vers un dispositif spatial, où le corps s’inscrit moins contre une matière que dans un rapport au vide et à la lumière.
Le modèle est décliné en deux typologies principales : le fauteuil-club (une place) et le canapé (deux places). Le fauteuil-club, édité par Vitra à la fin des années 1980, connaît une diffusion relativement large. Le canapé, en revanche, occupe un statut à part. Plutôt que de véritables rééditions, on distingue différentes phases de production. La première version, produite en 1987, est fabriquée par Terada Tekkojo pour Idée (Tokyo) et diffusée exclusivement dans ce cadre. La deuxième version correspond au modèle cuivré, produit dans les années 1990 en édition limitée à trente exemplaires par Ishimaru Co. Ltd. Contrairement au fauteuil-club, le canapé How High the Moon n’est pas documenté comme ayant été édité par Vitra. Certains exemplaires ont néanmoins été diffusés ponctuellement en Europe et aux États-Unis par son intermédiaire.
Du côté du marché de l’art et des ventes aux enchères, le fauteuil-club atteint des prix relativement stables depuis le milieu des années 2000 : environ 19 000 € chez Christie’s en 2007, 19 000 € chez Piasa en 2018, 32 000 € pour une paire chez Christie’s en 2020, ou encore 17 412 € chez Phillips en 2022. Ces résultats témoignent d’un marché équilibré et relativement stable.
Le canapé, en revanche, concentre la reconnaissance la plus forte. Des ventes chez Christie’s et Sotheby’s entre 2007 et 2019 oscillent entre 70 000 et 90 000 €, avant qu’un seuil symbolique ne soit franchi avec le record chez Phillips le 2 mai 2024 à 163 540 € prix marteau, très au-delà de son estimation.
À travers How High the Moon, Shiro Kuramata illustre de manière exemplaire les principales lignes de force de son œuvre. En détournant des matériaux simples, il transforme un objet domestique en une expérience perceptive où la lumière, la transparence et la légèreté redéfinissent la présence de l’objet dans l’espace, parfois jusqu’à son effacement. Comme il le disait « Mon désir le plus fort est de me sentir libre de toute pesanteur, de tout lien. Je veux flotter ». Cette aspiration traverse l’ensemble de son travail, imprégné d’une dimension presque spirituelle.
Ni tout à fait meuble, ni tout à fait sculpture, cette pièce est marquée par une poésie discrète, un humour mesuré et une attention constante à la relation entre forme et matière. Ces qualités expliquent pourquoi How High the Moon, comme de nombreuses de ses créations minimalistes, s’est imposé comme une icône du design, aujourd’hui pleinement reconnue et activement collectionnée.
How High the Moon
Dès la seconde moitié du XXᵉ siècle, des matériaux issus du premier âge industriel, comme l’acier et le verre, sont progressivement intégrés au champ du design, souvent détournés de leurs usages initiaux. Longtemps associés à la fonction ou à l’industrie lourde, ils acquièrent peu à peu une valeur esthétique propre.
À la fin des années 1980, alors que le minimalisme s’impose comme un langage dominant du design international, Shiro Kuramata développe une approche singulière, à rebours de toute rigidité doctrinale. Là où le minimalisme occidental affirme la présence pleine et frontale de la forme, lui en explore l’effacement et la transparence. Ces éléments ne servent pas à faire disparaître la forme brute, mais à en modifier sa présence, en la rendant plus instable et dépendante de l’espace environnant.
Le modèle est décliné en deux typologies principales : le fauteuil-club (une place) et le canapé (deux places). Le fauteuil-club, édité par Vitra à la fin des années 1980, connaît une diffusion relativement large. Le canapé, en revanche, occupe un statut à part. Plutôt que de véritables rééditions, on distingue différentes phases de production. La première version, produite en 1987, est fabriquée par Terada Tekkojo pour Idée (Tokyo) et diffusée exclusivement dans ce cadre. La deuxième version correspond au modèle cuivré, produit dans les années 1990 en édition limitée à trente exemplaires par Ishimaru Co. Ltd. Contrairement au fauteuil-club, le canapé How High the Moon n’est pas documenté comme ayant été édité par Vitra. Certains exemplaires ont néanmoins été diffusés ponctuellement en Europe et aux États-Unis par son intermédiaire.
Du côté du marché de l’art et des ventes aux enchères, le fauteuil-club atteint des prix relativement stables depuis le milieu des années 2000 : environ 19 000 € chez Christie’s en 2007, 19 000 € chez Piasa en 2018, 32 000 € pour une paire chez Christie’s en 2020, ou encore 17 412 € chez Phillips en 2022. Ces résultats témoignent d’un marché équilibré et relativement stable.
Le canapé, en revanche, concentre la reconnaissance la plus forte. Des ventes chez Christie’s et Sotheby’s entre 2007 et 2019 oscillent entre 70 000 et 90 000 €, avant qu’un seuil symbolique ne soit franchi avec le record chez Phillips le 2 mai 2024 à 163 540 € prix marteau, très au-delà de son estimation.
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