Ce projet naît de la rencontre entre deux visions singulières : celle de Jay Chiat, figure majeure du monde publicitaire américain et celle de Gaetano Pesce, designer et architecte profondément attaché à la singularité des formes et des individus. Le premier souhaite inventer une nouvelle manière de travailler, fondée sur la mobilité, la dématérialisation et l’autonomie; le second donne à cette ambition une traduction spatiale radicale. Jay Chiat souhaite alors un « bureau sans papier », adapté aux mutations technologiques du moment, dans lequel le poste fixe perdrait sa centralité au profit d’un usage plus souple et plus mobile de l’espace. En ce sens, le projet Chiat\Day apparaît comme une première expérimentation de ce que l’on nommera plus tard le flex office ou le hot desking. Chez Gaetano Pesce, il ne s’agit pas simplement de réorganiser les fonctions, mais de redéfinir la manière même d’habiter le lieu de travail. L’architecte imagine l’agence Chiat\Day comme une sorte de micro-ville intérieure, composée de zones ouvertes et mobiles, sans organisation rigide ni hiérarchie trop marquée. On n’y possède plus une place: on y circule, on s’y installe, on y interprète son propre rapport au travail.

Les bureaux de Chiat\Day se déploient comme un univers polychrome, expressif et narratif, où le sol, le mobilier et les portes participent d’un même langage plastique. La résine colorée, les formes irrégulières, les structures métalliques apparentes et les éléments conçus sur mesure donnent à l’ensemble une identité immédiatement reconnaissable. L’espace ne se contente pas ici de remplir une fonction : il agit sur la manière de travailler, d’échanger et d’habiter le lieu. Cette approche s’inscrit pleinement dans la pensée de Gaetano Pesce, pour qui le design et l’architecture doivent refléter la diversité humaine plutôt que l’effacer. L’un des aspects les plus frappants du projet est sa proximité avec l’univers domestique. Gaetano Pesce ne conçoit pas le bureau comme un espace froid ou strictement administratif, mais comme un lieu plus habitable et familier, pensé pour répondre à des besoins quotidiens. Au 38e étage, The Store, ou Main Company Store, où les employés viennent chaque matin déposer leurs effets personnels et récupérer leur matériel de travail, prend ainsi la forme d’une immense bouche pulpeuse en résine rouge. Par ce geste, Gaetano Pesce détourne un point de passage ordinaire en un objet presque anthropomorphe, à la fois ludique, sculptural et immédiatement mémorable.

D’autres espaces prolongent cette logique. Le Clubhouse, pensé comme une cafétéria ouverte et conviviale, donne au bureau une dimension plus collective et plus informelle. Il ne s’agit plus seulement d’un endroit destiné à une simple pause, mais d’un environnement pensé pour favoriser les échanges, la détente et une forme de quotidien partagé. De même, la Doghouse, pensée comme une salle de projection, affirme elle aussi un univers très identifiable. Avec la silhouette d’un chien dessinée dans le sol en résine, Pesce introduit une image à la fois simple, ludique et immédiatement reconnaissable, qui donne à la salle une forte présence visuelle. Chaque espace semble ainsi conçu comme un lieu singulier, doté de son propre imaginaire.

Le travail n’est donc plus isolé dans un cadre abstrait ; il prend place dans un environnement plus libre, plus vivant et plus humain, où les espaces portent des noms, des images et des formes fortes. Cette dimension symbolique est essentielle dans la pensée de Gaetano Pesce. Chez lui, l’architecture ne se limite pas à organiser des fonctions : elle donne aussi une identité aux lieux. Les bureaux de Chiat\Day ressemblent ainsi moins à une organisation rationnelle qu’à un espace habité, plus proche d’un cadre de vie que d’un bureau traditionnel.

Mais cette radicalité n’est pas sans ambiguïté. Si certains employés ont pu y voir une source de stimulation et de liberté, d’autres ont été déstabilisés par l’absence de repères fixes et par l’intensité visuelle du lieu. Cette réception contrastée fait pleinement partie du projet. Elle montre que, chez Gaetano Pesce, l’architecture n’a pas vocation à être neutre, mais peut aussi bousculer les habitudes et remettre en cause les codes du bureau traditionnel.

À travers les bureaux de Chiat\Day, Gaetano Pesce affirme ainsi une conception singulière et expérimentale de l’espace de travail. Il y défend un environnement mobile, coloré, expressif et non standardisé, dans lequel l’architecture participe pleinement à une autre manière de vivre et de penser le travail. Plus qu’un simple aménagement de bureau, le projet apparaît alors comme une manière de repenser, par les formes, les objets et les usages, la vie quotidienne au sein de l’entreprise.

Chiat\Day : l’avènement du flex office

Avec l’aménagement des bureaux de Chiat\Day à New York, réalisé au milieu des années 1990, Gaetano Pesce propose une vision profondément singulière de l’espace de travail. À une époque où le bureau demeure encore largement pensé comme un lieu rationnel, organisé par la répétition des postes fixes, la hiérarchie spatiale et une certaine neutralité fonctionnelle, le designer italien imagine au contraire un environnement libre, coloré et mouvant. Chez Chiat\Day, l’espace n’y est plus conçu comme une simple infrastructure de production, mais comme une expérience quotidienne capable de transformer les usages, les comportements et la perception même du travail.

Les bureaux de Chiat\Day se déploient comme un univers polychrome, expressif et narratif, où le sol, le mobilier et les portes participent d’un même langage plastique. La résine colorée, les formes irrégulières, les structures métalliques apparentes et les éléments conçus sur mesure donnent à l’ensemble une identité immédiatement reconnaissable. L’espace ne se contente pas ici de remplir une fonction : il agit sur la manière de travailler, d’échanger et d’habiter le lieu. Cette approche s’inscrit pleinement dans la pensée de Gaetano Pesce, pour qui le design et l’architecture doivent refléter la diversité humaine plutôt que l’effacer. L’un des aspects les plus frappants du projet est sa proximité avec l’univers domestique. Gaetano Pesce ne conçoit pas le bureau comme un espace froid ou strictement administratif, mais comme un lieu plus habitable et familier, pensé pour répondre à des besoins quotidiens. Au 38e étage, The Store, ou Main Company Store, où les employés viennent chaque matin déposer leurs effets personnels et récupérer leur matériel de travail, prend ainsi la forme d’une immense bouche pulpeuse en résine rouge. Par ce geste, Gaetano Pesce détourne un point de passage ordinaire en un objet presque anthropomorphe, à la fois ludique, sculptural et immédiatement mémorable.

Mais cette radicalité n’est pas sans ambiguïté. Si certains employés ont pu y voir une source de stimulation et de liberté, d’autres ont été déstabilisés par l’absence de repères fixes et par l’intensité visuelle du lieu. Cette réception contrastée fait pleinement partie du projet. Elle montre que, chez Gaetano Pesce, l’architecture n’a pas vocation à être neutre, mais peut aussi bousculer les habitudes et remettre en cause les codes du bureau traditionnel.

À travers les bureaux de Chiat\Day, Gaetano Pesce affirme ainsi une conception singulière et expérimentale de l’espace de travail. Il y défend un environnement mobile, coloré, expressif et non standardisé, dans lequel l’architecture participe pleinement à une autre manière de vivre et de penser le travail. Plus qu’un simple aménagement de bureau, le projet apparaît alors comme une manière de repenser, par les formes, les objets et les usages, la vie quotidienne au sein de l’entreprise.

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