Les cabinets de Garouste & Bonetti

Peu de créateurs auront autant investi le cabinet qu’Élizabeth Garouste et Mattia Bonetti. Entre 1986 et le début des années 2000, ils en dessinent de nombreux, que ce soit seuls ou en duo, réinventant sans cesse cette typologie à travers de nouveaux matériaux, formes et références.

À une époque où le design se caractérise par l’effacement de l’ornement et l’autorité du minimalisme, Garouste & Bonetti empruntent le chemin inverse. Leurs cabinets sont théâtraux et parfois déroutants. Souvent qualifiés de « nouveaux barbares » du design français, ils développent un langage immédiatement reconnaissable dans lequel les mythologies, les références historiques et les savoir-faire artisanaux deviennent la matière première de l’imaginaire. Nourri aussi bien par les civilisations antiques que par la nature, le baroque ou un kitsch pleinement assumé, leur univers a renouvelé les arts décoratifs de la fin du XXe siècle.

Le cabinet occupe une place particulièrement importante dans leur œuvre. La plupart de ces modèles sont édités par Néotù, galerie fondée par Pierre Staudenmeyer, qui accompagne le travail du duo dès le milieu des années 1980. Derrière une fonction simple : ouvrir, fermer, ranger, ils développent un vocabulaire singulier. Terre cuite, métal oxydé, fer forgé, bronze, porcelaine ou bois précieux se mêlent dans des associations souvent inattendues. Jusque dans les systèmes de fermeture, rien n’est laissé au hasard : poignées, ferronneries et serrures participent pleinement au dessin du meuble, conférant à chaque cabinet sa propre identité.

Les premiers cabinets, réalisés dans les années 1980 et au début des années 1990, privilégient des tons sobres avec des matériaux bruts et oxydés. Les cabinets Rhinocéros (1986), Collerette (1986), 90 (1990) ou encore Sélinonte (1991), conçus par Élizabeth Garouste, ainsi que le Cabinet Musique (1990), réalisé par le duo Élizabeth Garouste et Mattia Bonetti, témoignent de cette fascination pour les formes archaïques et les civilisations anciennes. Malgré la diversité de leurs références, la construction du meuble reste toujours très maîtrisée, avec une place importante accordée à la symétrie et à l’ornement (pics, cornes, métal torsadé ou martelé).

Le Cabinet de Sèvres (1989), conçu par le duo Élizabeth Garouste et Mattia Bonetti en collaboration avec la Manufacture de Sèvres, évoque également la diversité de leur production. Il associe du bois laqué et de la porcelaine dans une composition plus simple, où la couleur occupe une place importante.

Garouste & Bonetti ne dessinent pas des objets pour meubler un intérieur. Ils construisent des univers. Chaque commande devient l’occasion d’étendre leur langage à une nouvelle géographie, à une nouvelle histoire. Entre 1993 et 1995, le duo est ainsi chargé de l’aménagement de la résidence de Sir Po-shing et Lady Helen Woo à Hong Kong, influents mécènes et collectionneurs d’art. Parmi les pièces conçues pour la demeure figurent deux cabinets destinés à une chambre à coucher. Leurs panneaux ornés de fleurs rappellent combien la nature constitue, chez Garouste & Bonetti, une source d’inspiration constante.

À la fin des années 1990, en 1998, le duo signe plusieurs cabinets colorés, qui s’inscrivent dans une transition vers le style adopté dans les années 2000. On peut situer le Cabinet Enfer (1998), habillé d’inquiétantes plaques noires, percées de pics rouges.

À partir des années 2000, certaines créations sont éditées par Mouvements Modernes. Cette période marque également une évolution de leur vocabulaire. La couleur s’affirme davantage et les dorures se multiplient. Le Cabinet Feuilles (1999), conçu avec Mattia Bonetti, ainsi que les cabinets Géométrique (2006) et aux Anneaux (2006), réalisés par Élizabeth Garouste, illustrent cette évolution, tout en conservant l’attention portée aux savoir-faire artisanaux et à la singularité du détail.

Bien plus que de simples meubles de rangement, les cabinets de Garouste & Bonetti incarnent une part de mystère. Là où le modernisme cherchait à simplifier les formes, ils choisissent de les enrichir, faisant de chaque cabinet une œuvre ouverte à de multiples lectures.

De quelles géographies, de quelles époques et de quelles cultures Garouste & Bonetti ont-ils construit leur univers ? Plus de vingt ans après leur création, ces cabinets continuent de nourrir cette question.

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