Le cactus chez Hilton McConnico

Peu de motifs traversent aussi durablement l’œuvre d’Hilton McConnico que le cactus. Dès le milieu des années 1980, il apparaît aussi bien dans le mobilier que dans le textile, le verre ou la sculpture. D’une création à l’autre, Hilton McConnico ne cherche pas à reproduire une même forme. Il explore au contraire les possibilités qu’offre ce végétal à travers différents matériaux, techniques et échelles, au point d’en faire l’un des motifs les plus identifiables de sa production.

Cette récurrence s’inscrit dans un imaginaire profondément américain, mais aussi intime. Les paysages désertiques de l’Arizona, les cactus, les couleurs vives ou encore la lumière du Sud-Ouest des États-Unis nourrissent un univers immédiatement reconnaissable. Danielle Rapoport évoque à ce propos un “effet solaire”, ajoutant que son œuvre “a beaucoup emprunté au vitalisme d’une Amérique à construire”. Cette Amérique n’a d’ailleurs rien d’un territoire abstrait : selon Jacqueline McConnico, l’épouse du créateur, ses créations “prenaient bien souvent leurs racines dans ses souvenirs d’enfance”, les aplats de couleurs vives qui caractérisent son univers renvoient directement aux façades colorées des maisons de sa ville natale de Memphis, dans le Tennessee. Plus qu’un territoire géographique, cette Amérique devient chez Hilton McConnico une esthétique où la couleur, la lumière et les formes composent un même paysage.

Cet univers n’est pas sans rappeler l’esthétique du Hollywood Regency, courant décoratif américain inspiré des grands décors hollywoodiens présents dans le cinéma. Développé dans les années 1970, il privilégie les couleurs acidulées, le mélange des influences et une conception théâtrale, où le mobilier, les objets et l’architecture participent à une même mise en scène. Sans jamais s’y limiter, Hilton McConnico partage cette manière de concevoir ses objets et ses intérieurs. 

La Chaise Longue Cactus (1985) constitue l’une des premières expressions de cette recherche. Ici, le cactus ne se contente pas d’orner le meuble : ses silhouettes dorées s’intègrent à la structure de la chaise longue, dans un ensemble qui associe l’opulence et le confort.

À partir de 1987, Hilton McConnico poursuit cette réflexion grâce à sa collaboration avec Daum, qui l’amène à étendre son vocabulaire du cactus aux arts de la table. Les bouteilles Cactus et les bols Arizona comptent parmi les premières créations de cette série. Le cactus y devient tour à tour bouchon de carafe, piètement de coupe ou élément sculptural en cristal, un même motif décliné à travers des fonctions résolument différentes. 

Cette recherche se prolonge avec plusieurs Sculptures-Volumes en pâte de verre, éditées par Daum Frères & Cie, où la plante devient une sculpture à part entière. En 1989, McConnico en propose également une interprétation en feuille d’or, avant que les tapis Arizona Right et Arizona Sunset, réalisés vers 1990 pour l’éditeur Toulemonde Bochart, ne poursuivent cette exploration dans le domaine du textile. Le motif franchira encore d’autres typologies, jusque dans les miroirs conçus avec le verrier Guillaume Saalburg ou les carrelages édités par Carocim, preuve que le cactus, chez Hilton McConnico, n’est jamais cantonné à une seule discipline.

Comment expliquer qu’une chaise longue, une coupe en cristal, une sculpture en pâte de verre ou un tapis puissent paraître si proches ? Sans doute parce qu’ils proviennent tous d’un même imaginaire. Les cactus occupent ainsi une place évidente dans l’œuvre de Hilton McConnico, comme un rappel de son Tennessee natal et plus largement, de son attachement à cet imaginaire américain. Ils ne constituent pourtant qu’une facette d’une création beaucoup plus vaste. Décorateur, scénographe, designer et inventeur de formes, Hilton McConnico n’a cessé d’imaginer de nouveaux univers, tous aussi importants les uns que les autres et c’est peut-être là sa vraie singularité : avoir su, tour à tour, se répéter et se réinventer, sans jamais que l’un ne nuise à l’autre. Il incarne, à sa manière, l’un des faiseurs d’images les plus visionnaires des eighties.

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