Gaetano Pesce – Greene Street chair

Fantomatique et presque vivante, la chaise Greene Street de Gaetano Pesce apparaît comme une étrange créature domestique surgie du design radical des années 1980. Avec ses ouvertures semblables à des yeux et une bouche, ses longues jambes métalliques et sa silhouette noire irrégulière, elle évoque un petit monstre ou une « ghost chair », comme une forme en déséquilibre permanent, prête à se déplacer dans l’espace. Pesce compare lui-même la chaise à une sorte d’alien posé sur des pieds ventouses. Chez lui, l’objet ne répond jamais uniquement à une fonction : il semble posséder son propre caractère, presque sa propre personnalité.

Le projet naît au milieu des années 1980, après l’installation de Gaetano Pesce dans son atelier de Greene Street, au cœur du quartier de SoHo à New York. 

La Greene Street apparaît d’abord sous forme de prototype dès 1984, à travers plusieurs recherches autour de la résine, du polyester renforcé de fibre de verre et de l’acier. Gaetano Pesce travaille alors directement les matériaux, sans chercher à obtenir une forme parfaitement régulière ou standardisée. Les déformations, les variations de surface et certaines traces de fabrication restent visibles et participent pleinement à sa démarche. La chaise s’inscrit aussi dans une série plus large de meubles aux structures multipliées : Pesce réalise à cette période plusieurs pièces reposant sur un grand nombre de pieds, comme certaines tables à neuf ou douze pieds ou encore la série des fauteuils Broadway 929 au début des années 1990.

La Greene Street fait partie de la première collection Vitra Edition présentée en 1987, un programme réunissant prototypes, pièces expérimentales et petites séries. Cette première édition produite est aujourd’hui la plus rare. Réalisée à seulement cinquante exemplaires, elle se décline en versions chaise et fauteuil, dans une finition noir mat. Certaines variantes avec accoudoirs, plus complexes à produire, étaient proposées à un prix plus élevé chez Vitra. Avec leurs pieds métalliques extrêmement fins et leur silhouette instable, ces premières éditions donnent l’impression d’un objet presque en mouvement. 

Vitra produit ensuite une seconde édition de la Greene Street, cette fois en noir brillant. Il est donc assez simple de différencier la version historique de la réédition. 

Chaque Greene Street possède également une petite marque rouge, placée à un endroit différent selon les exemplaires. Ce détail, presque imperceptible au premier regard, est pourtant essentiel dans le travail de Gaetano Pesce. Il refuse l’idée d’un mobilier uniforme et reproductible à l’identique ; il cherche au contraire à introduire de légères variations afin que chaque pièce, tout comme les Hommes, conserve une forme d’unicité. Cette touche rouge devient alors un repère singulier, un détail, qui donne à chaque fauteuil une identité propre.

La Greene Street traduit parfaitement cette vision du design défendue par Gaetano Pesce tout au long de sa carrière. Loin de la perfection industrielle, il imagine des objets plus libres et volontairement irréguliers, presque vivants. Avec son allure de petit monstre fantomatique perché sur de longues jambes métalliques, la Greene Street montre finalement toute l’importance de l’expérimentation chez Gaetano Pesce. Plus qu’une simple assise, elle raconte une autre manière de penser le design : plus libre, plus expressive, plus humaine.

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