Yves de la Tour d'Auvergne : provenances et collections

Les collections qui ont accueilli les œuvres d’Yves de la Tour d’Auvergne témoignent de la diversité des regards portés sur son travail. Peintures, mobilier, Sculptures-Volumes ou sculptures d’extérieur prennent place dans des collections aux profils très différents. Marchands d’art, décorateurs, architectes, collectionneurs ou amateurs de sculpture monumentale y reconnaissent tour à tour une facette différente de son œuvre.

Les premières peintures de l’artiste figurent notamment dans l’ancienne collection de l’abbé Morel. Cette provenance rappelle que, bien avant de développer son vocabulaire autour du pli, Yves de la Tour d’Auvergne est d’abord reconnu comme peintre. C’est ensuite une Sculpture-Volume qui rejoint la collection de Jean-Claude Bellier. Marchand, expert et collectionneur, Bellier est alors l’une des grandes figures du marché de l’art français. Son intérêt pour l’art moderne s’accompagne d’une importante collection d’arts premiers, à laquelle s’ajoute une Sculpture-Volume d’Yves de la Tour d’Auvergne.

Dans les années 1980-1990, le regard porté sur son œuvre dépasse le cercle des collectionneurs : la décoratrice Isabelle Hebey, connue pour son travail sur l’aménagement intérieur du Concorde et les premières boutiques Yves Saint-Laurent, conçoit une importante décoration pour l’appartement de M. et Mme B., situé dans le VIIIᵉ arrondissement de Paris. Elle y intègre plusieurs créations d’Yves de la Tour d’Auvergne, parmi lesquelles un relief monumental en carton ondulé, des Sculptures-Volumes et du mobilier, dont un lampadaire-sculpture et des tabourets. Ces œuvres ne viennent pas simplement habiller l’espace : elles prennent part à un projet où l’architecture, le design et l’art se répondent au sein d’un même ensemble.

Si le mobilier et les Sculptures-Volumes trouvent naturellement leur place dans des décorations d’intérieur, le vocabulaire du pli, à partir des années 1980, se déplace progressivement de l’espace domestique pour investir les jardins et les grands domaines. 

La collection de Masahko Sawada en offre un exemple marquant. Cette collectionneuse japonaise constitue, au Haras de l’Ermitage à Aunou-le-Faucon dans l’Orne, un ensemble exceptionnel de sculptures contemporaines de jardin. Transformé en un gigantesque parc de sculptures, le domaine réunit les œuvres de Martha Pan, Michael Heizer, Pascal Morabito, Florin Codre ou encore Yves de la Tour d’Auvergne. Parmi elles figurent Les Veilleurs de Lune (1990), une sculpture monumentale composée de trois éléments culminant à près de dix mètres de haut. Présentée au sein de cet ensemble jusqu’à sa dispersion aux enchères en 2018, l’œuvre confirme la place qu’occupe Yves de la Tour d’Auvergne parmi les grands sculpteurs de sa génération.

Ses sculptures prennent également place au Haras d’Estimauville, propriété de la famille Rothschild. Installées dans le parc du domaine, elles accompagnent l’architecture et le paysage normand. En 2010, Christie’s disperse une partie des collections du haras lors de la vente Le Haras d’Estimauville. Œuvres et Objets d’Art provenant des Collections Rothschild. Parmi les œuvres présentées figurent deux Sculptures-Volumes monumentales d’Yves de la Tour d’Auvergne : l’une en résine à patine noire culminant à près de cinq mètres de haut, estimée entre 20 000 et 30 000 €, l’autre, en résine laquée et réalisée en pièce unique, estimée entre 15 000 et 20 000 €.

La vente Le Cabinet de curiosités de Jean-Pierre Jouve, organisée par Osenat en 2019, offre un dernier témoignage de cette diversité. Architecte en chef des Monuments historiques, Jean-Pierre Jouve avait réuni plusieurs œuvres d’Yves de la Tour d’Auvergne, parmi lesquelles deux sculptures monumentales, une paire de tabourets, une lampe, une paire de candélabres et deux collages sur papier. Plus qu’une période ou un médium, c’est l’ensemble de la démarche de l’artiste qui semble avoir retenu son attention.

Ces provenances dessinent au fil des années, un portrait inattendu de l’artiste. Elles montrent qu’Yves de la Tour d’Auvergne n’a jamais été collectionné pour une seule facette de son travail : certains recherchent le peintre, d’autres le sculpteur ou le créateur de mobilier. Chacun y retrouve une dimension différente de son travail, sans jamais en épuiser la richesse. Plus que de simples provenances, ces collections racontent aujourd’hui l’histoire d’un artiste dont les œuvres continuent de circuler et de séduire de nouvelles générations de collectionneurs.

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