Gaetano Pesce & le VIA

Créé en 1979 à l’initiative du ministre de l’Industrie André Giraud, le VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement) occupe une place importante dans l’histoire du design contemporain. Dès ses débuts, le VIA met l’accent sur la création individuelle et encourage des approches du design plus expérimentales, faisant émerger la figure du « designer-artiste ». Son activité se recentre alors autour de plusieurs objectifs : soutenir les jeunes talents, encourager l’innovation, améliorer la qualité des prototypes et développer une recherche autour des matériaux et des procédés de fabrication.

Parmi ses dispositifs majeurs figurent les « Cartes blanches », confiées à des designers invités à développer librement des projets expérimentaux. Ces recherches ne concernent pas uniquement la forme des objets, mais également leur mode de production, les techniques utilisées et la possibilité de repenser la fabrication industrielle elle-même.

Soutenu par les politiques culturelles françaises du début des années 1980, notamment sous Jack Lang, le VIA participe également à une volonté plus large de structurer et de promouvoir la création contemporaine à travers des financements publics. Le design obtient alors une nouvelle visibilité institutionnelle et s’inscrit progressivement dans un cadre étatique soutenant la création et l’innovation. Fonctionnant à la fois comme un lieu de recherche, un incubateur pour jeunes designers et un outil de diffusion, le VIA contribue à donner une visibilité institutionnelle au design contemporain. Plusieurs projets soutenus par le VIA intégreront ensuite des collections publiques, principalement celle du Centre Pompidou, dont la donation principale date de 2010. Cette dernière permet au Centre Pompidou d’enrichir ses collections de nombreuses pièces à la suite de l’exposition VIA Design 3.0.

Le VIA invite également des designers internationaux comme Gaetano Pesce. Actif entre l’Italie, la France et les États-Unis, le designer entretient alors déjà des liens étroits avec la scène européenne et développe, depuis le début des années 1970, une réflexion critique sur la production industrielle et la standardisation des objets, mais surtout sur les nouveaux matériaux, autant de thèmes chers à l’institution française. En 1981, il réalise pour VIA Diffusion un projet de bibliothèque expérimentale qui prolonge directement ces recherches grâce à la « Carte blanche » dont il bénéficie.

Pour cette bibliothèque, Gaetano Pesce met au point un procédé complexe de moulage en mousse de polyuréthane rigide. À partir d’un même moule, il cherche à produire des pièces différentes en faisant varier certains paramètres de fabrication, comme les points d’injection du matériau, la quantité d’air présente dans le moule, l’humidité ou encore la température. Ces variations entraînent des déformations et des irrégularités de surface qui rendent chaque exemplaire unique.

Le développement technique de cette bibliothèque nécessite plusieurs années de recherches et mobilise différents acteurs spécialisés dans les matériaux plastiques et les procédés de moulage. Selon la quantité de matière injectée et la résistance de l’air, la bibliothèque varie en taille et en aspect. Certains prototypes ne dépassaient pas 100 cm de largeur, tandis que les versions les plus imposantes mesuraient près de 300 cm.

La complexité du projet illustre l’importance accordée au prototype au sein du VIA : il ne s’agit plus seulement de produire un meuble fonctionnel, mais de faire du mobilier une véritable création conceptuelle.

Contrairement à de nombreuses créations de Gaetano Pesce, souvent colorées et expressives, cette bibliothèque adopte une esthétique plus sobre. Ce choix s’explique en partie par le contexte institutionnel du VIA et par une volonté de rendre ce projet expérimental plus facilement diffusable. Malgré cette esthétique plus sobre, Gaetano Pesce continue pourtant d’affirmer une vision du design opposée à l’uniformité industrielle, en parfaite adéquation avec les réflexions qu’il développera plus tard dans Le Temps des questions (1996). Ainsi, dès 1981, l’aléatoire et la singularité se trouvent déjà au centre de sa création.

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