Les Canovacci de Gaetano Pesce

Les Canovacci constituent une série de luminaires en verre de Murano conçue par Gaetano Pesce en collaboration avec la maison Venini en 1981. Réalisées en petite série, ces pièces témoignent d’une recherche que le designer mène dès la fin des années 1970 autour de la matière, de la forme et de l’irrégularité.

Bien avant les Canovacci, Pesce s’intéresse à la représentation de vêtements et de tissus suspendus. Plusieurs dessins préparatoires conservés dans les archives de l’artiste témoignent de cette recherche : des étoffes, des vêtements ou des formes souples y sont suspendus à de simples pinces à linge. Ces esquisses révèlent déjà son intérêt pour une forme qui échappe à la rigidité et semble conserver la trace d’un mouvement ou d’un geste.

Avec les Canovacci, cette réflexion prend une nouvelle dimension. Ce qui est inédit en 1981, c’est que ces formes inspirées du tissu sont transposées dans le verre de Murano. Fasciné par l’île et par les possibilités offertes par ses savoir-faire verriers, Pesce cherche à pousser l’expérimentation du matériau à son paroxysme. Comme l’explique Chiara Squarcina dans Gaetano Pesce, Murano, cinque tecniche per il vetro (2017), il explore les possibilités du verre jusqu’à lui donner une apparence proche de celle de la résine, tout en conservant une impression de légèreté et de fluidité.

Les abat-jours, façonnés dans un verre irrégulier et coloré, semblent ainsi se plier et se draper comme une étoffe. Suspendus par des pinces en bronze à une structure métallique, ils évoquent directement le linge étendu dans les rues et les ruelles italiennes. Un geste quotidien et domestique que Pesce transpose dans un matériau précieux et particulièrement exigeant, transformant le simple vêtement suspendu en objet lumineux et sculptural.

Cette recherche fait également écho à une autre expérimentation majeure de Pesce, les sièges Golgotha, réalisés en 1972-1973. Conçues en toile de fibre de verre imprégnée de résine polyester, ces assises sont durcies afin de conserver une forme drapée, différente pour chaque exemplaire. Le matériau semble alors avoir figé le mouvement d’une étoffe. Avec les Canovacci, Pesce transpose cette même idée au verre : il cherche à lui faire perdre sa rigidité apparente pour lui donner la souplesse visuelle et la fluidité d’un tissu.

Les Canovacci illustrent précisément cette volonté : dépasser les conventions du verre sans jamais nier ses propriétés, et transformer ses contraintes techniques en qualités formelles.

Pesce poursuit ainsi une réflexion essentielle de son œuvre : celle d’un design qui refuse la perfection industrielle et la régularité géométrique au profit de l’accident, de la déformation et du geste. Dans les Canovacci, le verre n’est plus seulement un matériau destiné à diffuser la lumière. Il devient une matière souple en apparence, presque textile, capable de conserver la mémoire d’un mouvement.

Produits en petites séries, les Canovacci comptent aujourd’hui parmi les créations en verre les plus rares de Gaetano Pesce. Leur présence chez Pulp Galerie permet de redécouvrir cette recherche singulière, née dès les années 1970 dans ses dessins de vêtements suspendus et poussée, avec Venini, jusqu’à une expérimentation radicale du verre de Murano.

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